Industrie à forte intensité énergétique : une partie de la solution, pas du problème
Prix élevés de l’énergie, débats autour d’un prix de l’électricité pour l’industrie, hausse des tarifs d’utilisation du réseau, tarification du CO₂, nouvelles obligations de reporting via la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) ainsi que des instruments tels que le Carbon Border Adjustment Mechanism (CBAM) : l’industrie à forte intensité énergétique est actuellement au cœur du débat de politique économique. Dans les discussions publiques, une image simplifiée s’impose vite : intensif en énergie = nuisible pour le climat. Or, ce n’est pas si simple.
L’industrie est le fondement de notre création de valeur. Sans les entreprises de forge, d’acier et de mise en forme, il n’y aurait ni éoliennes, ni infrastructures de réseau, ni construction mécanique, ni électromobilité. La question n’est donc pas de savoir si l’industrie à forte intensité énergétique a un avenir, mais dans quelles conditions-cadres elle peut façonner cet avenir.
Une transformation exige des investissements dans les installations, les processus, la numérisation et les personnes. Or, surtout en période de tension économique, il est difficile de concilier des objectifs climatiques de long terme avec une compétitivité à court terme. Pour les entreprises industrielles de taille intermédiaire, des conditions-cadres stables sont déterminantes. Cela inclut des prix de l’énergie fiables, des tarifs d’utilisation du réseau prévisibles, le développement des infrastructures renouvelables et des exigences réglementaires applicables. Ici, politique industrielle, politique énergétique et politique climatique s’articulent étroitement.
Prix de gros de l’électricité : détente avec incertitudes
Après les pics de prix extrêmes des années 2021 à 2023, les prix de gros de l’électricité sur les bourses se sont nettement apaisés. Ils restent toutefois au-dessus de la moyenne de long terme. Parallèlement, la volatilité demeure élevée. En 2024, l’Allemagne a enregistré plusieurs centaines d’heures de prix de gros négatifs, c’est-à-dire des périodes où l’offre d’énergies renouvelables dépassait la demande. Cela montre à quel point le système énergétique est en pleine mutation. Pour les entreprises à forte intensité énergétique, cela crée de nouvelles opportunités, mais aussi de nouvelles exigences en matière de flexibilité et de gestion de la charge. Le prix de bourse ne représente toutefois qu’une partie des coûts réels de l’électricité. Les tarifs d’utilisation du réseau, les prélèvements et les coûts du CO₂ restent inchangés. Une détente sur le marché de gros ne se répercute donc pas entièrement et pas immédiatement sur les entreprises. Pour les sites à forte consommation d’électricité, l’énergie demeure ainsi un facteur de compétitivité essentiel.
Mécanisme de marché et débat politique
Le marché européen de l’électricité repose sur le principe dit du prix marginal. Cela signifie que le producteur le plus coûteux nécessaire pour couvrir la demande fixe le prix de marché pour tous. Pendant la crise énergétique, ce système a été fortement mis sous pression, car les prix élevés du gaz se répercutaient directement sur le prix de l’électricité. Depuis, un débat intense a lieu au niveau européen pour savoir si l’organisation du marché doit être adaptée afin d’atténuer à l’avenir les pics de prix et d’accroître la sécurité des investissements. Parallèlement, les fédérations industrielles réclament des conditions-cadres fiables, des prix de l’énergie stables et un allègement des tarifs d’utilisation du réseau. Dans d’autres régions économiques, les prix de l’énergie sont parfois nettement plus bas ou davantage amortis par l’État. Une transformation ne peut réussir que si les objectifs écologiques et la viabilité économique sont pensés conjointement.
Responsabilité dans notre sphère d’influence
En tant qu’entreprise à forte intensité énergétique, nous assumons notre responsabilité et agissons en conséquence. Ainsi, depuis 2018, nous avons réduit de plus de 90 % nos émissions directes des scopes 1 et 2. Cela a été rendu possible grâce à des investissements ciblés dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et de nouveaux procédés. Un élément clé est l’utilisation de la chaleur de forge pour le traitement thermique. Au lieu de laisser les pièces refroidir complètement après le forgeage puis de les réchauffer plus tard avec une forte consommation d’énergie, elles restent dans des systèmes d’isolation spécialement développés. Nous réduisons ainsi la consommation de gaz naturel jusqu’à 95 %. De plus, nous nous approvisionnons en électricité à partir de sources renouvelables et sécurisons des volumes de livraison à long terme via des Power Purchase Agreements. Nos objectifs climatiques sont alignés sur des standards fondés sur la science. Ces mesures ne relèvent pas d’une motivation symbolique, mais d’une conviction technique et d’une logique économique.
Dans le cadre de l’initiative EE-Industrie, nous nous engageons, avec d’autres entreprises de taille intermédiaire, en faveur de solutions pragmatiques pour l’approvisionnement énergétique. Notre objectif est d’intégrer les énergies renouvelables dans les processus industriels, de faire progresser les solutions de stockage et de lever les obstacles réglementaires. Les échanges au sein du réseau le montrent clairement : la transformation de l’industrie ne réussit qu’en coopération.
Le défi plus important : les chaînes de valeur
Le choix des matériaux, les itinéraires de transport, les chaînes d’approvisionnement internationales et l’intensité CO₂ des matières premières utilisées jouent ici un rôle décisif. Des sujets comme l’acier vert ou les matériaux à CO₂ réduit ne sont donc pas seulement des questions écologiques, mais aussi des enjeux de politique industrielle. Des instruments comme le CBAM doivent à l’avenir garantir que les produits importés respectent des standards CO₂ comparables. L’objectif est d’éviter les distorsions de concurrence. L’efficacité et les modalités de ces instruments se vérifieront dans la pratique. Une chose est certaine : la décarbonation n’est pas la tâche d’une seule entreprise. Elle concerne l’ensemble des chaînes d’approvisionnement.
Du réalisme plutôt que de la manipulation de l’opinion
Notre objectif reste d’être climatiquement neutres d’ici 2050. Le chemin pour y parvenir se compose de nombreuses décisions individuelles, évaluées sur les plans technique et économique. L’industrie à forte intensité énergétique aura aussi besoin d’énergie à l’avenir. L’essentiel est de savoir avec quelle efficacité, quel souci des ressources et quelle dynamique d’innovation elle travaille. Le débat public ne doit donc pas s’enfermer dans des étiquettes générales. Les entreprises à forte intensité énergétique ne sont pas le problème. Elles constituent un levier central de la transformation industrielle. Pour cela, des conditions-cadres réalistes, le progrès technologique et une coopération partenariale tout au long de la chaîne de valeur sont indispensables. C’est à cela que nous travaillons, pas à pas.